Inconfortable

En ce moment, mon livre de chevet est un roman qui se passe en Inde et qui dépeint assez crûment les inégalités sociales, la corruption et la misère dans un pays en pleine croissance économique*. C’est l’un de ces livres où les détails sordides sautent à la figure au coin d’une page et donnent envie de pleurer, de taper dans le mur, d’envoyer balader le livre, d’avaler sa salive et de se rincer la bouche quinze fois pour faire passer le goût… Un goût amer de malaise, d’inconfort face à la mocheté morale et matérielle du monde.

Ces passages qui me laissent vaguement écœurée ne m’empêcheront pas malgré tout d’aller au bout du livre, il vaut le détour. Et je vous assure, le sordide n’y est pas cultivé de façon malsaine, non, il est simplement partie intégrante du décor, du récit, des personnages (On peut faire de la grande littérature sur ce type d’engrais, voyez Dickens). En fait, le sordide est partie intégrante de la vie dans ce monde, faut bien le dire. Mais, bonne nouvelle, ce monde ne durera pas à toujours ! La grande lessive du sordide aura lieu au retour du Seigneur. Il ôtera définitivement toute injustice et toute souffrance de la terre régénérée. Munie de cette espérance, je peux avaler ma salive et poursuivre ma lecture.

Mais une question me chatouille. Comment gère-t-on ce sentiment quand on n’a pas une telle espérance ? Comment un homme peut-il accepter une réalité aussi choquante et déprimante s’il ne sait pas qu’un jour justice sera faite ?

Beaucoup, je suppose, se fabriquent une carapace d’indifférence. Ou s’engagent à leur niveau, donnent à une ONG, manifestent, « s’indignent », partent en mission humanitaire ou font du bénévolat à côté de chez eux. Mais ils ne peuvent pas ne pas voir que leur action n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. A se demander comment ils ne se découragent pas… Nous-mêmes, on fait ce complexe de la goutte d’eau bien facilement, alors pour eux… pour toi – toi qui me lis peut-être et me trouves foldingue avec mes histoires de retour du Christ, comment tu fais pour regarder la saleté du monde en face ? Ça m’intéresse.

En tout cas, je continue à lire des bouquins qui me rappellent à quel point l’humanité a besoin d’un Sauveur. Quitte à me sentir un peu inconfortable dans mon fauteuil.  Si ça peut me rendre plus fervente pour « attendre et hâter sa venue »… je prends.

(photo Muhammed Muheisen)

La photo est belle, la réalité… moins. (photo Muhammed Muheisen)

* Le livre en question : Le tigre blanc, d’Aravind Adiga.

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