4 leçons du Déluge (Plume d’invité)

image via automnalsoul

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Attachez vos ceintures et gardez les bras à l’intérieur de la nacelle, Matthieu va nous parler de sciences… et surtout, en fin de compte, de foi. C’est partiiiiii !

Je crois en l’autorité pleine de la Bible. Je crois que le début de Genèse ne nous parle pas de science. Mais je ne crois pas que la science soit là pour nous permettre d’expliquer le texte biblique. Je ne vais pas exposer tous les arguments qui me mènent à une lecture littéraire de Genèse 1-2v3  ; peut-être que la respo de GHN me le permettra une autre fois … [c’est sélect’, ce blog …]. Je ne vais pas non plus exposer les arguments qui me mènent (1) à penser que la théorie de l’évolution me semble extrêmement documentée et (2) à la considérer comme un fait [là encore, peut-être un autre article …].

Mais du coup, sans que mon exégèse et mon herméneutique (ouais, ça fait classe) de Genèse 1-2v3 ne soient basées sur la science pour ce chapitre, beaucoup d’apparentes et fausses tensions tombent. Ça, ça fait plaisir. Pas que mon but soit de dénouer tous les apparents problèmes entre science et foi (cf. l’image).

D'après un diagramme sur le site web de l'American Scientific Affiliation.

D’après un diagramme sur le site web de l’American Scientific Affiliation.

Non, mais quand même, ça fait plaisir de comprendre un peu mieux par la foi comme par la science comment Dieu a tout créé. Tout en se rappelant que

« Il fait toute chose belle au moment voulu. Il a même mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, même si l’homme ne peut pas comprendre l’œuvre que Dieu accomplit du début à la fin. » (Ecclésiaste 3v11)

Et ça, dans le(s) débat(s) autour du début de Genèse et des affirmations de la science, ça m’a marqué dernièrement. J’ai eu la possibilité de faire une présentation (en 1h40 ^^) de mon articulation entre Genèse 1-2v3 et la théorie de l’évolution à un groupe de jeunes. Il paraît que c’était intéressant. Mais moi, ça m’a bousculé, en fait.

En rentrant le soir, deux sentiments. La satisfaction ; la satisfaction d’avoir animé une soirée qui a intéressé le groupe ; le plaisir d’exposer un sujet sur lequel j’ai peut-être lu une vingtaine de bouquins ; le plaisir (orgueil ?) de penser que peut-être j’ai apporté la lumière et la bonne compréhension ; le sentiment d’avoir apaisé des tensions, résolu des problèmes …

Mais aussi une boule au ventre. En fait, aujourd’hui, mon problème d’articulation entre foi et science, c’est pas Genèse 1 ; ni Genèse 2 ; ni … mais c’est Genèse 6 à 9, le Déluge. Parce que aujourd’hui je ne suis pas assuré de comment lire ce texte : déluge universel ou local ? That is the question. Si c’est universel, je ne vois pas comment cela peut être compatible avec la théorie de l’évolution, avec la géologie, et même avec la raison (Parce ce que s’il n’y a pas eu de super-méga-ultra-rapide évolution après, ça veut dire que tous les animaux et oiseaux d’aujourd’hui étaient dans l’arche. Parfois en plusieurs exemplaires. Un peu chaud dans un bateau de la taille de celui du récit pour plus de 2 millions d’espèces actuelles ; voire impossible).

Si c’est local, ça ne me pose pas de problèmes pour la science, et je pense que le message théologique passe quand même : l’homme est pécheur, il mérite la mort.

Mais pour l’instant, je ne suis pas assuré que la lecture « déluge local » soit la plus évidente et je ne voudrais pas que mon interprétation soit imposée par la science.

Donc me voilà, avec un problème sur les bras. Les nuages de Genèse 1 et 2 disparaissent. Le ciel devant Genèse 6 à 9 s’est obscurci. Alors, ce que j’ai présenté, c’était de l’esbroufe ?

C’est là que j’ai retiré la leçon que je vous laisse :

(1) l’auteur de l’Ecclésiaste avait décidément raison (cf. citation plus haut)

(2) la foi, assurée de la vérité de la Bible peut attendre que se dissipent les zones d’ombre

(3) je peux demander à Dieu de me donner la patience et l’humilité d’accepter cela

(4) il me faut accepter que je continuerai à cheminer sur ce débat ; je n’ai pas toutes les solutions maintenant

(5) … … peut-être que vous aussi, vous avez des idées sur ce que cette situation peut nous apprendre pour toujours plus « amener toute pensée captive à Christ » ? si oui, vive les commentaires ! [c’est sélect’, ce blog, mais c’est accueillant]

M. C.

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8 réflexions sur “4 leçons du Déluge (Plume d’invité)

  1. Bonjour « M. C »

    De mon côté, le premier argument pour le déluge local n’était pas scientifique mais plutôt théologique/moral.

    C’est seulement après que je me suis intéressé au point de vue scientifique, et il est évident qu’un déluge universel est tout simplement impossible.

    Peut-etre que cet article pourra t’intéresser :

    http://philochristos.com/2014/02/08/le-deluge-2/

    J’ai écrit cet article il y a déjà quelques temps et à l’époque je pensais être un peu tout seul à avoir cette idée. Mais entretemps j’ai découvert que de plus en plus d’exégètes évangéliques privilégient cette option.

    C’est par exemple la position majoritairement adoptée à la faculté de Vaux-sur-Seine.

    Dès que mon emploi du temps me le permettra, je reprendrai d’ailleurs cet article pour le compléter.

    Bonne soirée 🙂

    • "M. C. " ^^ dit :

      Merci David pour le retour & ton article !
      Oui, les points soulevés dans ton article font partie de ceux qui me font petit à petit pencher vers une lecture locale.

      au plaisir sur Facebook/Apollos … Matthieu 😉

  2. Bonjour !

    Intéressant article, surtout pour la position (dans le sens d’état d’esprit)de l’auteur, et l’explication de sa démarche(une réflexion en train de se faire). Je ne louerai d’ailleurs pas l’humilité de « M. C », pour ne pas l’inciter à l’orgueil ! 😉
    Plus sérieusement, la question du « déluge global » vs « déluge local » se pose, en effet, car « si c’est universel, je ne vois pas comment cela peut être compatible avec la théorie de l’évolution, avec la géologie, et même avec la raison… ». Effectivement. Si l’on tient absolument à faire coïncider le récit biblique avec l’évolution, des « aménagements » sont donc nécessaires.

    D’autre part, je me méfie généralement de ce que l’on présente ou affirme comme « des évidences », comme quoi il serait « évident qu’un déluge universel est tout simplement impossible ».
    Au contraire, c’est l’affirmation d’un « déluge local »(ladite affirmation me paraissant plus fondée sur des présupposés idéologiques, plus que sur « la raison ») qui paraît peu crédible et donc « peu évident ».

    Par exemple(arguments repris par ailleurs mais avec lesquels je suis en plein accord) :

    – La Parole nous dit explicitement que le sommet de toutes les hautes montagnes fut recouvert d’au moins six mètres d’eau (Genèse 7:19-20). Comment imaginer qu’un déluge submergeant les plus hautes montagnes aurait été seulement « local », et donc n’aurait pas affecté le reste de la terre ? D’autant plus que les eaux sont restées à ce niveau pendant cinq mois. (cf Genèse 7v18-24; 8v1-5).

    – Ensuite, la taille de l’arche, dont nous avons les mesures dans le texte biblique. Celle-ci était gigantesque, mais de taille crédible. Noé a d’ailleurs été averti du déluge suffisamment longtemps(environ 120 ans) avant, pour avoir le temps nécessaire de la construire. Si le déluge n’avait été que « local », pourquoi (faire) construire une arche et surtout une arche si grande ? Noé et sa famille auraient eu tout le temps de s’éloigner de ce qui n’aurait été qu’une « inondation » et se réfugier dans une zone plus sécurisée. Enfin, si le déluge n’avait été que « local », seuls les animaux d’une région géographique donnée auraient été détruits : pourquoi faire mettre à l’abri dans l’arche des couples de chaque espèce pour empêcher leur extinction….?

    – La Bible affirme également que les hommes s’étaient multipliés à la surface du sol (Genèse 6v1) et que la terre était « corrompue et pleine de violence » (Genèse 6v11-12). L’humanité était-elle « globalement » ou « localement » corrompue ? 😉
    Ensuite, dans la même Bible, « …Dieu dit à Noé: j’ai décidé de mettre fin à tous les êtres vivants; car la terre est pleine de violence à cause d’eux; je vais donc les détruire avec la terre. » (Genèse 6v13. Voir aussi v17, 7v21, 9v16). La portée universelle ou globale du déluge est mentionnée plus de 30 fois dans les seuls chapitre 6 à 9 de la Genèse. Caractère universel rappelé en Es.54v9 et 2 Pie.3v5-7(le jugement final sera universel et non local, comme le déluge a été universel et non local).
    Seule la famille de Noé fut sauvée. Toute personne vivant aujourd’hui est un descendant de cette famille (9v1).

    – La colombe (Genèse 8v9). Un déluge « local » l’aurait-il empêchée de trouver un endroit sec(voire même « propre ») où se poser ?

    -Si le déluge avait été local, on aurait parlé d’une simple inondation, et non d’un cataclysme. Il me semble que l’hébreu de l’Ancien Testament, comme le grec du Nouveau Testament, utilise pour décrire le déluge de Noé des mots différents de ceux utilisés ordinairement pour décrire une inondation : “mabbool” en hébreu et “kataklusmos” en grec. Un choix de mots révélateur du caractère unique de cet événement.

    – Ensuite, le sens de l’arc-en-ciel, promesse de Dieu(Genèse 8v21, 9v8-17). Une promesse « locale » ou « universelle » ? Si cette promesse n’avait été que « locale » et n’avait pas été faite à toutes(je souligne) les créatures de la terre, alors Dieu aurait brisé sa promesse. Car depuis Noé, et jusqu’à nos jours, il n’a pas manqué d’inondations locales….

    Enfin et c’est un autre sujet, il me paraît toujours risqué de tenter de trouver une justification à la théorie de Darwin, d’autant plus que l’on connaît les conséquences sociales et morales : soit, ce que l’on appelle le « darwinisme social »(fondé sur le principe de « la survivance du plus apte »). A ce sujet, H. Spencer, qui a repris ses thèses, est le véritable inventeur du concept « d’évolution », qui représente pour lui « une loi naturelle de progrès ». Et cette confiance en la nature que suppose l’évolution se retrouve d’ailleurs dans la conception de l’éducation de Spencer. Conception qui a généré quantité d’idées fausses sur l’éducation, et qui nous influence aujourd’hui. Il se pourrait d’ailleurs que les chrétiens(not. évangéliques),qui rejettent l’évolution de Darwin, fassent du darwinisme sans le savoir…
    Mais c’est un autre sujet, que je compte aborder dans un billet de blogue, prochainement. En attendant, je renvois à l’ouvrage « Transmettre, apprendre », de Marcel Gauchet, Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi(Stock).

    Sur ce, bon WE !

    • "M. C. " ^^ dit :

      Merci pour cette réponse ancrée dans la Bible ! 🙂

      dans les points suivants, je ne démontre pas que la lecture locale soit la meilleure. Je me contente de quelques remarques.

      point 1 : oui, c’est sur, ça fait partie des arguments les plus forts pour une lecture universelle. Mais ça ne perd pas tout son sens dans une perspective locale si c’est celle que tout le texte et le message semblent indiquer. Cela devient une hyperbole, une figure de style pour insister sur l’image du déluge, cette eau qui vient détruire en même temps que couvrir le péché de l’homme (au sens hébraïque de l’expiation « couvrir »). On trouve ce type d’hyperboles dans les Psaumes, mais aussi dans des récits « embellis » de l’histoire (Juges 5 e. g.)

      point 2 et 3 : Oui, c’est vrai. Dans une lecture locale, cependant, on comprend bien quand même qu’il fallait que les hommes meurent et l’association de la morts des animaux montrent leur corporation avec la création déchue. De même que c’est par Jésus Christ que toutes choses seront faites nouvelles, de même par anticipation seuls pouvaient être sauvés les animaux et les hommes sur le bateau. Mais tout ceci serait lu dans une perspective locale; moi ça ne me dérange pas outre mesure pour les animaux; le message théologique passe quand même, il me semble. Pour le « toute la terre », c’est une expression qui est aussi utilisée pour d’autres usages que « toute la Terre » dans la Bible (entre autres : Dt 11 v 25 ; 1 Sam 30 v 16 ‘kol aharets » dsl, je suis pas du tout au point pour les transcription hébreu->français).
      Pour les hommes je ne suis pas décidé du tout. Après, à quelle époque il faudrait donc placer cet événement, autre débat.
      Oui, il n’y a pas de pbs, je suis bien assuré que toute l’humanité était pervertie.
      Il ne me semble pas que 2 Pi 3v5-7 tranche de manière assurée, il est parlé du « monde d’alors » qui a disparu, cela pourrait être compris autrement (i. e. « le monde connu alors »). Assurément, le jugement final est universel; mais dans l’AT certaines figures sont partielles, images de vérités qui prennent tout leur sens et portée en Jésus Christ.

      point « colombe » : certes. Après, dans une perspective locale, quelle en serait la portée/étendue …? ; et quelle était la capacité de cette colombe d’aller voir très loin … ^^ pas de réponse toute cuite à te donner, c’est clair 🙂

      point « voc » : certes. Dans une perspective locale ça participerait à l’insistance sur la sévérité du jugement. le côté « on aurait parlé de … » ça, je m’en garde – même si ça doit m’arriver … ^^- mais bon, on peut pas facilement dire si pour quelque chose d’autres, Dieu aurait parlé comme ça ou comme ci.

      point « arc-en-ciel » : Ah, bonne question pour la promesse. Dans une perspective locale, ce que je j’imagine c’est que ça serait pas de la même ampleur que cette méga-inondation. Et dans le cas où tous les hommes sauf la famille de Noé ont bien été détruits, en effet, Dieu n’a pas rompu sa promesse (on est bien d’accord qu’il ne revient pas sur ses promesses), puisque depuis il n’y a pas eu d’extinction humaine de cet ordre.

      Voilà quelques éléments, mais ces réponses ne sont pas du tout une démonstration que la lecture locale est à préférer, je préfère le re-préciser. D’autres éléments entrent en compte, et je préfère étudier un peu plus le sujet avant de m’avancer. Je sais que même certains de personnes que je respecte le plus pour leur connaissance de la Bible doutent à ce sujet, donc je n’ai pas peur de les suivre dans cet aveu 😉

      Pour le 2ème sujet, mes connaissances personnelles me permettent d’être un peu plus franc et décidé. Certes, H. Spencer a donné le mot « évolution » pour la théorie de Darwin (qu’il appelait « descendance avec modification »). Soit, cela est connu. Que Spencer l’ait utilisé pour une vision sociale condamnable et condamnée, soit; c’est triste mais n’a rien à voir – il me semble – avec la pertinence ou non de la théorie de l’évolution, d’un point de vue biologique.
      Condamner le Spencerisme ainsi que la vision métaphique évolutionniste que certaines amalgament très très et bien trop facilement avec la théorie scientifique (des chrétiens mal informés comme des apologètes athées et scientifiques irresponsables, tels R. Dawkins) est très important; mais cela ce passe sur la méthodologie d’apologétique et sur la défense de la foi.
      Sur ce sujet voir l’article de Tim Keller : ici : http://biologos.org/uploads/projects/Keller_white_paper.pdf en anglais (je l’ai découvert en français dans le périodique Hokhma, dernier numéro début 2014)

      Quant à la théorie de l’évolution au sens biologique, si, il me semble qu’elle a à son compte tous les arguments possibles lorsqu’on apprend à les connaitre. Qu’ils soient très mal explicités et vulgarisés, et tout de suite repris par la presse pour en faire ce qu’elle veut, c’est un gros problème, je suis bien d’accord. D’ailleurs, la théorie de l’évolution ne parle pas du tout de « progrès », pas plus que les scientifiques qui en font une bonne démonstration (si, si, cela arrive !); cela n’aurait pas de sens scientifique en tant que tel, puisque cela serait se placer sur le champ des valeurs et non des faits.

      Par contre, je suis bien d’accord avec toi, je ne cherche pas du tout une justification biblique de la théorie de l’évolution; j’espère n’avoir pas fait transparaître cela dans mon article 🙂 ce n’est pas à la Bible de justifier telle ou telle théorie scientifique.

      Merci pour la réponse en tout cas, au plaisir !
      Matthieu

  3. « C »…c’est donc Matthieu ! 😉 Enchanté, donc !

    Sinon, j’avoue avoir du mal à saisir comment l’on peut encore, de nos jours, « préférer » la théorie d’un « déluge local », théorie qui me paraît bien peu convaincante bibliquement, mais qui a un seul « avantage » : elle permet l’articulation avec la théorie de l’évolution. Encore une fois, c’est la seule raison(« idéologique ») que je vois. En complément des remarques faites plus haut, je soulignerai encore un fait : si le Déluge n’avait été que local, comment se fait-il que l’on retrouve un souvenir de cet événement dans la mémoire commune(certes, sous une forme corrompue, en comparaison du récit biblique) de tous les peuples, situés aux quatre coins du monde : Babylone, l’Inde(le Déluge est attesté pour la première fois dans le Satapatha Brahmana-VIIe siècle avant J.-C. Voiraussi les versions transmises par le Mahabharata, et le Bhagavata Purana), la Perse, la Grèce(avec Deucalion et Pyrrha), la Chine, les Égyptiens, les Abyssins, les Scandinaves, les Celtes, les deux Amériques…. J’en oublie certainement.

    Cela plaide pour un déluge universel, semble-t-il.

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