Avoir 23 ans en 2015 – partie 1/2

jeune brouillard

Dans le brouillard. (photo Luke Pamer)

« Things don’t just fall into place. We have to put them there, and we feel like every second we spend streaming movies from our bedrooms is a second we are not putting ourselves out there. Yet we stream on. »

« On a le sentiment que chaque seconde passée à regarder des films en streaming dans notre chambre est une seconde perdue pour tous les défis que nous avons à relever. Et pourtant on continue le streaming. »

Cette phrase est extraite d’un article (en anglais) qui m’a marquée, il y a quelques mois. Cette idée en particulier, cette blasitude résignée, ça m’a fait tilter. Pour une fois je vais être un peu dure, pas pour faire ma maline, mais parce qu’on en a besoin, de temps en temps. Moi, certainement, j’en ai besoin.

Car oh oui, que c’est dur d’être jeune dans le monde d’aujourd’hui. On en sait plus que jamais sur tous les sujets qui ne nous concernent pas directement, et ça nous donne le vertige.

Ce ne serait pas un peu de l’auto-apitoiement, ça ? Quelle que soit l’année de votre naissance, il y a un âge, pas très loin de 20 ans, où vous vous prenez comme une baffe l’état du monde dans la figure. Il est pas joli-joli. C’est vrai en 2015, c’était vrai en 1995, c’était vrai en 1935 – tiens, ça devait pas être drôle ça, avoir 20 ans (ou 23) en 1935 en Europe. Sale époque. Tout le monde se crachait dessus, des bruits de guerre couraient partout, la Russie s’asphyxiait sous l’acier… La grande guerre était derrière nous, oui, mais on voyait bien que devant, du vilain se préparait.

Vous voulez qu’on remonte plus loin ? Avoir 20 ans en 1815. En 1615. En 1015. En 215. L’article de miss Sprayregen pourrait avoir été écrit en 215 par un jeune fils de patricien de l’Empire romain*. Le streaming aurait été remplacé par la chasse ou les thermes. Il vous dirait « J’ai le domaine de papa, les esclaves de papa, un peu de travail pour gérer tout ça et des rivalités avec mes voisins pour approvisionner les meilleurs marchands de Rome, pas mal de temps libre, j’ai pas encore décidé quelle cousine au second degré prendre pour femme, papa négociera ça avec la famille. Je pourrais vivre très vieux, ou mourir demain d’un bête accident. Les Wisigoths attaqueront et pilleront peut-être mon domaine l’an prochain, ou peut-être qu’on a encore quelques années de répit. Il peut se passer tellement de choses et je ne sais pas quelle décision prendre. Alors buvons encore un coup, mes amis ; demain apportera peut-être par miracle un peu plus de sens à ma vie de jeune et riche.  »

Ce discours est celui d’une jeunesse privilégiée. Qui a à peu près conscience qu’elle est par chance née au bon endroit, mais pas au point de se sentir concernée par ceux qui n’ont pas eu cette chance. Qui aimerait qu’on la plaigne parce que quand même, se lever le matin, c’est dur.

A suivre…

* Ne me lynchez pas pour les approximations historiques, sivouplé.

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