4 questions pour… Eric Denimal

C’est à un week-end d’église que j’ai rencontré Eric Denimal. Le nom ne me disait rien, à vous non plus peut-être, mais l’énorme carton de librairie qu’il a publié vous parlera certainement : c’est jaune et noir, ça s’adresse aux nuls, et ça parle de la Bible…

(éditions First)

(éditions First)

Ah je sens que vous y êtes là.

Sans le connaître, je tirais déjà mon chapeau à l’auteur qui avait réussi à « vulgariser la Bible », à satisfaire la curiosité de tous ceux qui n’oseraient pas acheter la Bible elle-même mais se posent une tonne de questions dessus. Et à tendre une perche en or pour les chrétiens désireux d’offrir le livre de vie à un ami, un proche, sans le braquer ou le décourager.

Pendant ce week-end d’église donc, j’ai appris son nom, et il nous a raconté son parcours. En l’écoutant, il m’a paru tellement encourageant pour n’importe quel jeune chrétien qui se cherche et se demande bien comment « faire quelque chose » pour son Dieu que je lui ai posé quelques questions pour le blog.

Merci Éric pour tes réponses, merci pour ta patience, j’ai mis plus de temps que prévu à préparer cet article… pourtant ça me démangeait de vous donner tout ça à lire, enfin !

 

Quand tu étais enfant ou ado, avais-tu un rêve ou un projet qui te tenait particulièrement à cœur ? Comment a-t-il évolué, s’est-il concrétisé, a-t-il nourri d’autres projets… ?

J’ai sans doute eu, comme tout enfant et tout adolescent, des rêves : être pompier ou vétérinaire. Mais je ne me souviens pas vraiment d’un objectif ou d’un but à atteindre. « Quand je serai grand, je serai… » n’éveille pas de souvenir en moi. Je crois que j’étais plutôt préoccupé par ce que je devais vivre au jour le jour. C’est d’autant plus étonnant qu’aujourd’hui, j’ai besoin d’anticiper et de « voir » à moyens et longs termes. Aujourd’hui, je me dis que j’aurai aimé faire du théâtre, ou faire de la moto, mais ces envies ne m’avaient pas effleuré hier.

Ce qui est certain, c’est que j’ai toujours été conscient de mes limites et que c’est sans doute cela qui m’empêchait de trop rêver, avec le risque de me prendre au jeu et de « faire des plans sur la planète ». J’ai grandi dans un milieu modeste, dans une région ouvrière et dans une cité populaire. On n’avait pas trop le sentiment qu’il était possible de sortir de sa condition. De plus, aîné d’une fratrie de quatre enfants, j’avais conscience que mes parents ne s’entendaient pas et je pensais que le bonheur conjugal était un leurre. Lorsque mes parents ont divorcé, j’avais dix-huit ans et j’ai plutôt eu l’impression, à ce moment-là, que mon avenir était déjà fortement hypothéqué. Je me suis retrouvé, du jour au lendemain, soutien de famille, dans une entreprise en lieu et place des bancs scolaires. Je n’y étais pas préparé et les éventuels rêves se sont effacés pour laisser place au devoir. Il fallait amener de l’argent à la maison. Je l’ai fait sans me poser de questions, avec simplement le sentiment que les projets étaient pour les autres. Moi, je devais penser à ma mère, à mes frères et à ma sœur.

J’ai reçu une instruction religieuse protestante et ma Bible n’était jamais loin de moi, mais je ne l’ouvrais pas. Comme mon avenir, elle était fermée.

Est-ce que ton goût pour l’écriture est venu naturellement ou bien est-ce quelqu’un qui t’a encouragé dans cette voie ?

L’écriture est devenue un refuge dès cette époque. Cependant, elle a toujours été un plaisir. Lorsqu’à l’école, on a commencé à m’enseigner à écrire autre chose que des lignes avec modèles et des pages d’écriture, c’est à dire lorsqu’il était possible d’écrire des histoires, des pensées, des analyses au travers de ce qu’on appelait « la rédaction », je me suis régalé. Je me souviens de ma panique, mais aussi de ma fierté, lorsque l’instituteur m’a fait lire devant la classe ma première rédaction pour laquelle j’avais eu la meilleure note. Je pense que cet instituteur a été lui-même très heureux de mon travail, discernant qu’il y avait là une graine à faire germer. Cet instituteur, dont je me souviens encore du nom, a sans doute stimulé quelques capacités. J’ai également été très frappé, dans cette enfance, par le pasteur. C’était un homme remarquable, adepte d’un christianisme social toujours mis en pratique, d’un service chrétien généreux et toujours gratuit. Il avait un don exceptionnel pour raconter les histoires de la Bible et ce conteur me fascinait. Par lui, j’ai compris que bien raconter, c’était faire naître des mondes dans lesquels on pouvait aussi vivre.

Plus tard, je suis devenu un lecteur gourmand, surtout de récits d’Histoire (de France et d’ailleurs) et d’oeuvres de fictions. J’avais sans doute des rêves en retard.

Te souviens-tu du moment précis où tu t’es engagé dans ton cœur à servir Christ ? A ce moment-là, qu’est-ce que ça voulait dire pour toi ?

C’est en découvrant, au travers d’un film, l’histoire vraie d’un homme, un jeune africain, qui s’est engagé pour annoncer l’Évangile au sein de son peuple, que j’ai entendu l’appel de Dieu. Il me demandait si je n’avais pas aussi quelque chose à faire pour lui, de façon précise. Je me suis levé et j’ai répondu « présent ». J’avais 21 ans et je ne savais pas du tout en quoi allait consister mon engagement. J’ai simplement dit ma disponibilité totale. Je n’avais aucune idée en tête d’autant que, installé dans le monde du travail, je n’étais prêt à rien. Lorsqu’un an plus tard, j’ai décidé de suivre un ami qui allait à l’Institut Biblique pour y devenir pasteur, je n’avais pas autre chose en tête que la conviction qu’il me fallait me préparer, sans savoir à quoi. De fait, toute ma vie ensuite, j’ai pris des chemins qui s’ouvraient tous seuls devant moi, m’étonnant parfois des itinéraires à suivre. J’ai ainsi, après ma formation biblique, été animateur de radio à Radio-Évangile à Monaco, éducateur dans une oeuvre sociale chrétienne à Dunkerque, pasteur en Cévennes et dans le Pas-de-Calais, responsable de la communication pour l’Alliance Évangélique Française, rédacteur en chef d’un hebdomadaire protestant à Paris, éditeur à la Ligue pour la lecture de la Bible à Valence… C’est face à certaines prises de conscience des besoins et des manques que je me suis mis à écrire des ouvrages d’évangélisation pour les adolescents, puis pour les adultes. Mon ministère s’est construit toujours un peu en marge des institutions alors que je les servais toujours loyalement, mais sans jamais me laisser inféoder par des systèmes. Je pense que mon enracinement dans le calvinisme de mon enfance m’a permis d’avoir toujours une parole (et une écriture) libre, alors que mon attachement au monde évangélique m’a permis d’avoir une belle Parole à partager.

La Bible pour les nuls est un énorme succès de librairie, qui ne se dément pas. Qu’est-ce que tu as appris dans ta relation avec Dieu lorsque tu as vécu ce succès inattendu ?

En rédigeant ce livre, j’avais la conviction qu’il était important de mettre à la disposition des gens un ouvrage de vulgarisation grand public pour encourager la découverte de la Bible. Si j’espérais que ce livre soit bien diffusé, je n’avais pas osé envisager un tel succès. Cela semble peut-être surprenant, mais le succès m’a étonné et m’étonne toujours. Il est allé largement au-delà des rêves que je n’avais pas fait. Lorsque je constate le nombre des ventes, je dois me frotter les yeux. Je me souviens avoir travaillé auprès de la grande presse au moment de « Mission France » avec Billy Graham à Bercy. J’étais chargé de la communication et ma surprise a été de constater la couverture médiatique de l’événement. C’était, en partie, le fruit de mon travail, mais je ne parvenais pas à croire que nous étions parvenus à remplir le palais omnisports de Bercy. Aujourd’hui, le nombre de « Bibles pour les Nuls » vendues correspond à dix fois le public de Bercy : comment percuter une telle réalité ? Je suis juste ébahi et foncièrement reconnaissant. Je me dois de rester modeste parce que le succès, qui semble être venu tout seul, n’a qu’une explication : tout a été conduit par une force qui n’est pas la mienne, mais que j’ai accepté de servir. Il m’est arrivé plusieurs fois de rencontrer, sur des salons de livres ou lors de conférences, des personnes qui me disent avoir découverts Dieu et sa Parole en ayant commencé par lire ce livre. J’en ai alors les larmes aux yeux et je me sens tout petit.

Ce que j’ai appris dans ma relation avec Dieu au travers de ce succès ? C’est qu’il est bien bon de se servir de moi, et que ce service sera efficace tant que je resterais serviteur. La vertu qui manque le plus chez les serviteurs de Dieu aujourd’hui, c’est l’humilité. Oser dire cela, ce n’est pas très humble de ma part. J’ai encore des progrès à faire, nul que je suis.

Publicités

2 réflexions sur “4 questions pour… Eric Denimal

  1. Coucou !
    Merci pour ce partage, très belle interview, c’est vraiment beau de voir ce que Dieu fait à travers un « simple » homme entièrement disponible !
    Great great great !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s