Médisance : le jour où la balance a penché du bon côté pour moi

Médisante, moi ?

Pire que ça ouais. Salement critique.

Quand je suis tombée sur la recension de « Résister à la médisance », livre de Matthew C. Mitchell, par le génial blog Ellecroit, ça m’a touchée en plein dans le mille. Sachant à quel point ce sujet est un problème pour moi… les gens me passionnent, enfin ça c’est ce que je dis pour me donner une contenance, en vrai ce genre de passion tourne à l’obsession malsaine… bref me sentant clairement concernée, j’ai mis une amie au défi de lire le bouquin en simultané avec moi. Aussi gravement atteinte de médisance que moi, elle s’est montrée tout autant enthousiaste. Enfin un livre sur notre problème majeur, qu’on ne savait pas par quel bout prendre.

Au-delà du constat que « médire, c’est mal », quoi. Oui ça blesse les gens, ça nous pourrit de l’intérieur, et en prime ça offense Dieu. Tout ce qu’on a envie de faire de notre vie, en somme. On connaît bien les versets, la langue est un feu qui dévore, un monde de mal, épître de Jacques, bénissez et ne maudissez pas, tout ça tout ça… ouiii mais concrètement comment je fais pour arrêter ?

Plus difficile : comment je fais pour avoir réellement envie d’arrêter, malgré toutes les commodités que ça me procure par ailleurs ? Socialisation facile, réconfort face à la jalousie ou face à une estime de soi chancelante, arme de séduction (des foules) massive, manœuvre d’évitement tout-terrain, comment se priver de ce couteau suisse de la parole ?

Pour s’y résoudre il nous faudrait soit un outil de substitution aussi puissant, soit une motivation vraiment très forte pour renoncer à celui-là sans retour. Je comptais sur l’auteur du bouquin pour me fournir l’un et l’autre, au moins un début de piste.

Je suis restée sur ma faim. Non que le livre soit vide, au contraire, il aborde beaucoup de sujets de façon très claire et illustrée d’exemples pratiques convaincants. Pour enseigner sur ce thème, ou le traiter en petit groupe, il est bien adapté. Mon problème (notre problème, avec mon amie qui lisait en parallèle), c’est que j’étais déjà convaincue que la médisance, c’est intolérable, on ne peut pas la prendre à la légère. J’avais déjà en tête la plupart des mécanismes exposés. En fait, j’aurais pu très bien décrire mon état de péché et les conséquences qu’il engendre pour moi et pour les autres, sans me résoudre pour autant à y mettre fin. Pour un cas grave comme le mien, il fallait quelque chose de plus profond. Un électrochoc.

Un peu frustrée par cette lecture, j’ai fureté sur le web, et sur desiringgod.org, un article m’a enfin donné la décharge dont j’avais besoin.

Une raison positive de ne pas médire. Je n’imaginais même pas pouvoir en trouver une. Une raison pour laquelle, à chaque fois que je m’abstiens de médire, je sais que ça produit quelque chose de bon. Produire quelque chose de bon, c’est mille fois plus motivant qu’éviter de causer quelque chose de mal, non ?

On y va pour l’explication. J’espère que vous allez pas trouver ça niaiseux, moi ça m’a touchée profondément.

Chaque fois que je retiens la parole dépréciatrice ou critique qui me vient sur quelqu’un, je préserve le trésor de sa réputation.

C’est pas merveilleux ? De se représenter le « trésor de bonne réputation » de chacun. Ce trésor est un de nos biens les plus précieux – même si on ne le réalise pas – pourtant il est méga fragile.

Protéger le trésor d’un ami ou d’une connaissance en gardant ma bouche fermée sur ce qu’il a pu dire ou faire de moins reluisant, lui permettre d’être connu sous son meilleur jour, n’est-ce pas un beau cadeau à lui faire ?

Peu de choses arrivent à me faire refermer la bouche quand elle s’ouvre pour médire, pas même la peur des conséquences, ou le sentiment de déplaire à mon Dieu… (et y a pas de quoi être fière)… mais sentir que mes paroles (ou mon silence) peuvent contribuer à préserver et bénir, c’est d’une puissance !

(oui Robin des Bois c’est ma source principale de citations, c’est mon Disney préféré, VOILA)

Cette idée vous parait peut-être abstraite. Pour la peser mieux, essayez de vous souvenir de la dernière conversation que vous avez eue avec Julot à propos de Micheline (pas ma faute si vos amis ont des prénoms tout nazes). Donc, si Julot vous a appris des choses sur Micheline que vous ignoriez jusque-là, ces choses ont-elles plutôt augmenté ou diminué votre estime de Michmich ?

Vous êtes-vous dit « J’aurais pas cru qu’elle soit capable d’accomplir quelque chose d’aussi difficile » ou « Décidément elle manifeste une patience incroyable »… ou à l’inverse «  ça m’attriste d’entendre qu’elle a mal réagi, je préférerais ne pas le savoir » ou bien « Au fond je ne suis pas très surpris qu’elle ait dit ça, malheureusement c’est bien son genre »…

En fait, avez-vous quitté la discussion avec une vision plus positive de Micheline, ou bien avec une vision ternie ? Quoique la personne elle-même n’ait pas changé entre le début et la fin de votre échange, ses qualités sont toujours les mêmes, ses faiblesses aussi, malgré cela votre regard à vous a changé, et que vous le vouliez ou non, cela impactera votre attitude ou vos pensées la prochaine fois que vous la rencontrerez.

Supposons maintenant que vous soyez Julot…  Aviez-vous réalisé, en parlant, les petits dégâts que vous pouviez causer dans l’esprit d’un ami, en grignotant son capital d’estime vis-à-vis de Micheline ?

Je ne dis pas qu’il ne faut absolument jamais parler de ce qui est peu glorieux chez les autres. D’ailleurs le livre de Mitchell expose très bien ce point.

A l’inverse, pourtant, « Une parole dite en son temps, combien elle est bonne ! »… saisir l’occasion de faire connaître les qualités méconnues d’un ami, et voir comment cette nouvelle info marque favorablement votre interlocuteur, est-ce que ce n’est pas un peu l’idée de la célèbre prière de François d’Assise :

« Fais de nous des ouvriers de paix, des bâtisseurs d’amour » ?

 

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2 réflexions sur “Médisance : le jour où la balance a penché du bon côté pour moi

  1. LesBijouxDeLois dit :

    Ton article est très intéressant, à la fois profond mais pour autant abordé avec humour. Tu as une plume vraiment sympa, continue de nous inspirer et de nous motiver avec tes articles !!!

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