Médisance, la suite

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J’avais écrit il y a quelques mois sur la médisance. Je peux témoigner aujourd’hui que l’approche proposée – en gros, se voir comme le protecteur de la réputation des autres – s’applique de façon concrète, et donne des résultats. Choisir de porter un regard bienveillant sur l’autre, un regard inspiré par le regard de Christ sur moi, fait une réelle différence dans les rapports, à un point que je ne soupçonnais pas. Comme le disent les petites béatitudes*, « vous passerez pour des naïfs, mais la charité est à ce prix ».

Je suis souvent passée pour naïve ces derniers mois en défendant une personne contre l’avis général – et notamment contre ma propre intuition. En m’obstinant à interpréter favorablement tout ce qui pouvait l’être, à contextualiser les erreurs, à pardonner, à user de patience.

Il y a eu, et il y a encore, bien des moments où ma patience a faibli, où la bienveillance ne s’est pas exprimée autant qu’elle l’aurait dû, où j’ai laissé l’agacement ou la moquerie prendre le contrôle de mes paroles. C’est un chemin de progrès, je ne suis pas arrivée au bout. A chaque fois que je trébuche, c’est l’occasion de me souvenir que je ne suis pas une sainte, que moi aussi j’ai besoin de la patience des autres à mon égard, et par-dessus tout de la patience de Dieu.

Mais chaque fois c’est une occasion de louange, aussi, de se remémorer cette patience de Dieu, intarissable, insondable. Et quand je me souviens à quel point il m’aime et me soutient alors que je ne mérite rien, mes batteries sont rechargées pour retourner me confronter aux autres et développer mes propres réserves de patience et de bienveillance.

Je me suis un peu éloignée de l’idée initiale, « protéger le trésor de la réputation des autres ». Cette idée agit pour moi comme une sorte de garde-fou, qui me retient lorsque je suis sur le point de raconter une histoire croustillante. Ça vient souvent en pleine conversation, en plus : je ne sors généralement pas de chez moi en me disant tiens, la première personne que je croiserai ce matin, je lui raconterai ce que je sais sur untel. Non, je commence ma journée pleine de bonnes intentions, et puis au fil des heures, en discutant avec des collègues ou des amis, la conversation arrive sur untel… et là j’ai bien envie de rebondir pour raconter ma petite histoire à son propos !

C’est là que le garde-fou intervient, et m’oblige à me poser la question qui fâche : ce que tu es sur le point de raconter, est-ce que ça va abîmer ou défendre la réputation d’untel ? et si ça l’abîme, est-ce vraiment indispensable que tu en parles maintenant ? Oui je sais c’est une bonne histoire et tu pourrais bien faire rire la galerie avec, tu en retirerais un certain prestige, alors que là tu as l’air un peu cruche, tu n’as rien « d’intéressant » à dire… Mais est-ce que ça vaut le coup ?

Est-ce que ça vaut le coup ? Honnêtement, pas souvent. Parfois en toute mauvaise foi je raconte mon histoire quand même, je ne résiste pas à ce plaisir… mais souvent ça m’aide à filtrer. Il y a un autre filtre proposé dans la Bible, « ce qui est bon, agréable et parfait », mais c’est plus compliqué à utiliser, je préfère mon histoire de réputation, qui ne prend qu’une fraction de seconde.

Mon plus grand champ de bataille sur ce sujet de la médisance, et je ne m’y attendais pas, c’est en fait mon lieu de travail. Pour moi la médisance était particulièrement un problème dans les rapports entre frères et sœurs dans l’église, quand on doit « vivre ensemble » avec des personnes qui sont parfois très différentes de nous, quand l’amour fraternel doit s’exprimer par des actes même envers ceux avec qui on n’a pas ou peu d’atomes crochus… J’applique donc mes petites recettes ci-dessus dans l’église, mais j’ai réalisé qu’elles me servaient énormément au travail , où tous les jours on entend ou on observe quelque chose qui concerne l’un ou l’autre.

Quand on est en position d’encadrement, c’est encore pire, on est supposé bien connaître les gens pour les piloter intelligemment, parfois déminer des conflits (ou tenter de le faire), donner un avis pour la promotion d’untel… untel justement, avec tout ce que je sais sur lui, est-ce que j’en tiens compte ? Comment je l’exprime ? Est-ce que je laisse une trace écrite, sachant que ça le suivra peut-être toute sa carrière ? Autant d’occasions de peser ce qu’on va dire ou écrire. Et parfois, de choisir le parti « naïf » : donner encore une chance. Pardonner. « Jusqu’à soixante-dix fois sept fois »… je n’en suis pas encore là (Matthieu 18, 21-22). Mais en relisant Luc 6 et le sermon sur la montagne, je suis toujours plus convaincue que c’est bien là ce que Dieu attend de nous, inlassablement… et c’est la seule façon de refléter Sa nature divine.

Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.

Luc 6, 35

 

* »les petites béatitudes » est un texte inspiré du célèbre enseignement de Jésus au début du Sermon sur la montagne. Elles ne font pas partie de la Bible bien sûr mais elles sont pleines de sagesse ! Vous pouvez lire le texte ici par exemple.

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2 réflexions sur “Médisance, la suite

  1. Dire du bien des autres est un long chemin. Ce qu’on a appris avec une première personne nous fait énormément grandir. C’est à dire, forts de nos nouvelles « capacités », nous sommes fin prêt pour grandir encore!
    Ne pas écouter les autres, les couper, les empêcher de dire du mal, ne rien vouloir savoir.

    Puis, on apprend à ne pas dire du bien de nous-mêmes (Ne pas nous justifier). Lorsqu’une personne dit du mal de nous (calomnie), c’est assez facile. C’est à dire, c’est un premier énorme apprentissage! 🙂

    Christ est notre justification!

    • Apprendre qu’on n’a pas besoin de défendre sa propre réputation en permanence c’est un long chemin c’est sûr… Et je me demande si s’intéresser davantage au bien qu’on peut faire aux autres par nos paroles ne nous aiderait pas à moins nous préoccuper de notre image ! Merci pour ton commentaire.

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